Holacracy chez Castorama : trop tard ou trop tôt ?

DO IT! tools concept

© stockphoto-graf

« Je suis venu trop tard dans un monde trop vieux ! » La célèbre phrase d’Alfred de Musset pourrait peut- être s’appliquer à l’expérience courageuse et innovante qu’a tentée Christophe Mistou chez Castorama.

En effet, à l’heure où l’innovation managériale est à la fois un nouvel enjeu de compétitivité et une réflexion sur le nouveau « vivre ensemble » au travail, des téméraires s’engagent et agissent là où on ne les attend pas forcément.

Castorama n’a pas l’allure d’une startup et pourtant, l’Holacracy a été mise en place au sein de l’équipe commerciale de mars à juillet 2011. Ce nouveau système organisationnel concernait 350 personnes alors  sous les ordres de Christophe Mistou, directeur commercial.

Son constat

Perte de temps dans les réunions, rivalités d’égos, luttes de pouvoir… Ainsi qu’une augmentation très rapide du nombre de personnes à la direction commerciale, au point qu’ « il était compliqué de conserver la même efficacité. »

Son action

Directeur commercial ayant une vision et une envie de bouger les choses, Christophe Mistou analyse les limites du système actuel et propose un changement de mentalité en mettant en place l’Holacracy.

Ses résultats

Effets positifs rapides : l’équipe est plus agile, s’adapte plus facilement à l’environnement, est plus épanouie. Les résultats commerciaux sont au rendez-vous.

Les blocages

Peur par rapport à une nouvelle forme de gouvernance. L’application de l’Holacracy transforme totalement les pratiques au travail. Déstabilisation des patrons, qui ont un rôle très différent avec ce modèle. Comme ce sont eux les plus impactés, cela peut être douloureux  pour l’ensemble de l’entreprise.

Le bilan

Au bout de six mois, la direction de Castorama ne souhaite pas poursuivre dans cette voie et l’expérience s’arrête là…

Alors, chronique d’une défaite annoncée ? Les patrons qui perdent leurs pouvoirs, ce ne serait pas pour demain ! Cependant, Christophe Mistou reste optimiste : « Hauts les cœurs ! ». Il pense que la révolution viendra par les petites entreprises. Pourquoi pas ? À vous de jouer !

Pierrette Berthaume

Ici, interview de Christophe Mistou

Business cartoon showing businessman crouching behind podium as audience throws rotten tomatoes at him.  Peer says, 'The announcement of the changes really went well'.

© cartoonresource

 

 

 

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3 réflexions sur “Holacracy chez Castorama : trop tard ou trop tôt ?

  1. Il semble bien cependant que cela n’ait été qu’une expérimentation, comme une étude de laboratoire dans cette entreprise, puis la direction en est revenu… En effet, cela fait réfléchir.

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  2. L’holacratie…, ben j’ai du mal à y croire car je l’ai expérimentée.

    J’ai visité votre blog, puis fait un saut sur Wiki – je les cite pour info :

    « Chaque cercle dispose d’une large autonomie en vue de rencontrer ses objectifs. Chaque cercle dispose également de trois outils de coordination: la réunion de gouvernance, la réunion opérationnelle et la réunion debout. L’harmonie de ces différentes réunions se crée naturellement. L’objectif visé est une prise de décision s’accompagnant du zéro objection argumentée (mais le fait qu’il en subsisterait n’empêcherait pas la prise de décision). Ceci permet d’assurer un pilotage dynamique de l’action tandis qu’elle est en train de se déployer. (…) Chacun des individus est orienté vers la production des redevabilités et par là, il participe à la raison d’être de l’organisation. L’holacratie permet aux organisations qui y ont recours de bénéficier du savoir ambiant dans leur entreprise, de fonctionner avec davantage de transparence et d’accroître la motivation des travailleurs. »

    Dans mon expérience, je faisais partie d’un « holon » de R et D, composé de 7 personnes aux compétences différentes. Pour atteindre l’objectif (développer et fabriquer des machines), on se consultait lors de vraies réunions autour d’une table, lors de réunions « machine à café » et lors de réunions sur les protos, et cela nous faisait avancer. En théorie, c’est génial. En pratique, c’est plus compliqué : il y en a toujours au moins un dans le groupe qui voit le côté négatif des choses : « ça ne va pas marcher », « ce n’est pas comme cela qu’il faut faire », « on va planter le délai », etc. Il n’était pas rare que cela influe sur le moral des autres, provoquant alors des discussions sans fin, sans que personne ne puisse trancher puisque personne n’avait une voix qui comptait plus que l’autre.

    Au final, beaucoup de temps perdu en négociations, à essayer de trouver un accord qui ne faisait jamais l’unanimité, pour finir avec une décision qui était souvent la plus consensuelle, donc la moins risquée, la moins innovante… Sans compter que parfois, l’un ou l’autre participant qui avait été contre pouvait alors ramer à contre-courant pour pouvoir dire plus tard : « Vous avez vu, je vous l’avais dit, ça ne va pas fonctionner. »
    On arrivait même à regretter le temps où nous avions un responsable de division !

    Idéalement, la discussion et le débat d’idée sont bénéfiques pour dégager des idées innovantes grâce aux apports de tous, mais à un moment, il faut qu’il y en ait un qui dise : « Ok on a discuté, je vous ai entendus et compris, donc on choisit l’option B, en avant ! »

    A mon avis, l’homme est trop égoïste par nature pour pouvoir travailler dans une organisation holacratique, et cela depuis que « l’homme fut singe ». Alors évidemment, on trouvera toujours des exceptions, mais globalement ça ne peut pas fonctionner sur le long terme. D’ailleurs, ça me fait une peu penser au communisme : tous travaillent pour le bien de la communauté, c’est joli… sur le papier. Mais à la fin, il y en a toujours un pour profiter du système…

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    • Damien, merci beaucoup pour ce témoignage sur votre expérience vécue. Il est vrai que la réussite de la technique holacratique dépend aussi de la personnalité de chaque membre du holon ; et tous doivent être fortement motivés et positifs. Mais comme toute entreprise humaine, l’expérience holacratique demeure imparfaite. Pourrait-on en dire ce que Churchill disait de la démocratie :  » “La démocratie est un mauvais système, mais elle est le moins mauvais de tous les systèmes.” ?

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